Gotham Napoli

Naples est une ville d’aventure. C’est un port où les ferrys en partance pour la Sicile et les îles deviennent des buildings qui prolongent la ville sur l’eau. La vue sur le Vésuve y est fantastique quand il s’embrasse dans le soleil couchant sur la baie où l’on voie Capri. Les marins une fois débarqués se faufilent dans les ruelles, dans le chaos du centre ville. Car Naples n’a pas choisi l’ordre, la lumière, la modernité, elle a gardé cet esprit, cet imaginaire païen de sorcières, de gargouilles et du carnaval. C’est un Paris sans Haussmann. Mais Naples partage avec la capitale française les catacombes. On y a entassé les os des cadavres de la peste, malgré les interdictions encore très récentes du Cardinal, on vient honorer les crânes avec des offrandes (jouets, argents, objets divers…) pour qu’ils exaucent les vœux. La ville repose sur ce gruyère, chacun redoute le réveil du Vésuve qui  provoquerait l’effondrement de la cité. Il parait que cette épée de Damocles qui pèse sur la tête des Napolitains leur donnerait cette énergie de vivre plus fort qu’ailleurs. Des processions parcourent la ville en musique et en blanc, promenant statues de saints dorées. Partout on trouve des autels suspendus éclairant des images pieuses au néon veillant sur l’intense circulation où les scooteurs en sont les maitres.

Le temps est aussi différent. Ici on traine, on regarde ce qui se passe, on reste dans l’ombre. On boit des minuscules cafés dans de minuscules cafés. Un café napolitain n’a pas de table, c’est un comptoir et l’espace nécessaire pour s’y accouder. Si l’on ne peut se déplacer, les serveurs livrent en scooteurs sans en reverser une goute. Les napolitains restent dans l’ombre. Les pizzas ne sont pas chères et excellentes, d’ailleurs tout est meilleur une fois frit ici. Il y a bien ces histoires de mafia mais nous on a rien vu, rien entendu. Tout est dans l’ombre. Gottam city pourrait être Naples et le super héros qui en sortirait serait aussi noir que Batman.

Les rues, dessinées par les Grecs, sont continuellement dans l’ombre, bordés de constructions trop hautes. Les vis à vis sont terribles. Un balcon est une chance, on y reste des heures à respirer la profondeur transversale de la rue et un peu d’air frais. Si l’on est au Rez-de-chaussée on construit le balcon sur la rue, on met des barrières et l’on habite. L’espace public réduit à son minimum. Tout est dense, saturés, sombre. Les églises sont des vides, des espaces publics clinquants d’or. Le baroque et la contre-réforme y étale toute leur splendeur.

Naples est un tableau du Caravage. Elle est la miséricorde qu’il a peint ici en 1601, fuyant la justice du Pape pour avoir tué un homme en duel. Elle est le constraste, l’ombre qui met en valeur l’éclat de lumière. Elle est le tas de compost qui créer la vue. Parcourir Naples c’est parcourir un autre temps, celui des centres villes populaires, singuliers, saturés de vie, de mort, de dieux.

Le Vésuve domine

Nos amis argentins, les cafés napolitains, les catacombes

obscurité et lumière des autels partout dans les rues, les cours, sur les balcons.

Rue étroite et sombre

J’ai pas de balcon, pas grave ! J’en fabrique un, appropriation de l’espace public
Les Sept Œuvres de miséricorde, Le Caravage, 1607, huile sur toile, 390 × 260 cm
By |2017-03-09T19:03:33+00:0013/09/2016|Avant-Après|Commentaires fermés sur Gotham Napoli