Les mosquées – II – Aya Sophia

Toutes les mosquées que nous avons vu, dans lesquelles nous avons dessiné, parlé et dormi, toutes sont de ces principes, de ces séquences et de ces proportions, de cette description si juste qu’en a fait Le Corbusier. Elles différent seulement dans les détails, le nombre de leurs minarets, leur dimensions et leur couleur, mais sont bien de la même famille, de la même fratrie. Aya Sophie (Sainte Sophie) reste est une cousine à part.

Elle est dans la ville d’une autre stature, plus massive, plus archaïque. La couleur rose de son enduit, mêlée aux teintes de la brique de ses extensions se détache des platanes de Tokapi. Elle est une masse organique. La coupole bleu-plomb vient couronner l’ensemble. Ses minarets sont plus éloignés, formant un grand carrée, la rendant encore plus stable.

L’expérience est aussi différente. La mosquée Sainte Sophie est désormais un musée, rempli de bruit, de photos, au sol dégarni et sans tapis. Elle n’a plus la sérénité des autres, celle qu’a dû voir Le Corbu en 1911, avant qu’Ataturk la désacralise et l’ouvre à tous.
L’effet n’en reste pas moins fort, elle est si immense, le rapport au corps est difficile à trouver. Elle est une imbrication de vide, un entremêlement de coupoles et de galeries, tous les pleins sont en périphéries, dans les contreforts qui servent de rampe, dans les extensions sous les arcades. La représenter est difficile, les échelles sont trop grandes pour l’oeil, rien ne rentre dans le carnet, dans le cadre photographique. Il faut se décaler dans une contre allée, monter sur la galerie, et sacrifier une partie de l’espace.

Les travaux qui durent depuis vingt ans, tournant lentement dans la nef, donne cette poussière volatile qui montre la lumière, celle qui descend des plus hauts percements, celle qui tranche la pénombre. Les échafaudages, si légers et éphémères contrastent avec la massivité et la longévité de la pierre.

Et puis l’on s’approche et cette pierre est un « patchwork » de marbres, aux teintes et aux veinages si différents, raccordée par de la dentelle de pierre. L’ensemble donne ce coté précieux et doux à ce bâtiment si rugueux, comme les dorures de la première salle, comme les calligraphies des boucliers musulmans. Tout y est imbrication.

Depuis le parvis
A gauche  / plan –  géométrie et adaptations aux différents cultes
A droite / une des demi coupoles
Depuis la galerie vers le choeur
Masse de l’édifice, légèreté de l’échafaudage
Depuis la galerie, ombre et échelle
Dorures et marbres
By |2016-12-09T11:08:28+00:0025/08/2016|Avant-Après|Commentaires fermés sur Les mosquées – II – Aya Sophia