Athos – I – L’échelle des fourmis

« Où il n’y a pas de maison, il y a des tombes. Ainsi toujours la terre est habitée. »

Le Corbusier, Voyage d’Orient

Dans ces territoires habités qui forment l’Europe, Athos est un désert, tout y est dur et simple :  la mer, la montagne, le ciel. Les monastères en chapelet sont des oasis.

Pour y accéder il faut montrer patte blanche, mettre un pantalon et des chaussettes dans ces sandales, les manches courtes sont tolérées depuis quelques temps. L’Athos n’est peut être pas si différent : là bas aussi tous se perd. Passer l’épreuve du bureau des pèlerins, le voyage commence par un bruit, celui des pas qui quittent le quai sourd en béton pour la passerelle d’embarquement en métal qui résonnent sur le bateau.

Voyageur à vélo que nous étions, chargés et libres, nous sommes désormais des marcheurs dépendants des moines et des horaires portuaires.

Le bateau est une transition chargé de pèlerins, de moines, de provisions, d’icônes à bénir. Il est l’unique point de vue qui permet de prendre du recul sur le paysage, de voir sur le même plan cette trinité paysagère, ces trois mousquetaires que sont la mer, l’Athos et le ciel. D’ici les monastères sont peu de choses, il sont des rochers apprivoisés, domestiqués par des hommes de l’échelle des fourmis, des êtres fragiles.

C’est cette fragilité des hommes qui a construit ces lieux. D’abord il y eu le temps des saints et des reliques, la première n’étant qu’une version complète et vivante de la deuxième. Bref, tous se sont installés sur les hauteurs. Pour protéger ces reliques, on les a sertis d’or et de joyaux. Et pour abriter ces joyaux on a bâti une église, puis une forteresse autour, pour se défendre des pirates qui écumèrent longtemps les lieux. La paix retrouvée, à l’étroit dans leur chapeau de pierre, ils ont projeté des galeries de bois en périphérie pour pouvoir enfin bronzer au soleil et voir les bateaux passer.

Alors sur les quais des moines et des mules attendent, tout ce passe vite, on grimpe déjà à l’assaut du monastère, fuyant la lumière qui écrase tout, ne se rendant pas compte du silence retrouvé. En face de nous ces mêmes monastères, comme changé en géant, en Gulliver, imprenables.

Parfois au loin, il y des scala, ces maisons isolés, ajoutées au bout d’une chapelle, ou pour celui qui voit bien, des ermitages où un homme vit seul dans le désert.

Ces trois mousquetaires que sont la mer, l’Athos et le ciel
Le bateau, introduction et épilogue au voyage
A l’échelle des fourmis
By | 2017-03-15T18:48:38+00:00 09/12/2016|Avant-Après|Commentaires fermés sur Athos – I – L’échelle des fourmis